Politique

L’Honorable Yasmina Ouegnin étrille le Président de l’Assemblée du Clan Ouattara

A l’assemblée nationale c’est toujours le branle-bas autour de la formation du bureau de l’institution. Mardi, trois groupes parlementaires de l’opposition ont décidé de se retirer de la médiation après avoir fait ‘’un constat d’échec’’. Ils ont également décidé de ne plus faire partie du bureau tel que voulu par Amadou Soumahoro qui marcherait, selon eux, sur les textes.

Dans une de ses longues interventions au cours de la conférence de presse, la porte-parole Yasmina Ouégnin a apporté cette cinglante réplique à Amadou Soumahoro qui dit être ouvert au dialogue mais qui ferait tout à sa tête, selon ses détracteurs. Larges extraits…

‘’Il y avait quatre groupes parlementaires à l’assemblée nationale et il y a deux groupes seulement qui ont été pris en compte. C’est une première violation de la constitution qui assure au minimum que les quatre groupes aient un poste. Donc si le 10 ou 15 mai, le président de l’assemblée donnait un poste à Vox Populi, un poste au groupe parlementaire Rassemblement vous pourriez dire oui, dans ce cas-là, tous les groupes sont représentés. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Parce que voyez-vous, les décisions au niveau du bureau de l’Assemblée sont parfois soumises au vote. Ça peut être des votes à main levée ou à bulletin secret mais ce sont des décisions soumises au vote. Donc si dès le départ, un groupe parlementaire qui représente 61 % de l’Assemblée s’arrange pour avoir 85 % des places dans le bureau, c’est qu’il s’arrange pour avoir une majorité écrasante, je dirais absolue. Une unanimité parfaite. C’est contre cela que nous nous insurgeons. Il faut des postes équivalant à 38 % pour l’opposition au sein du bureau. Comme cela quand il y a des décisions qui sont soumises au vote, ils puissent nous convaincre comme nous aussi nous pouvons les convaincre. Mais si chaque fois que l’un des nôtres va demander quelque chose et que 85 % des membres du bureau sont prêts à répondre automatiquement ‘’non’’, ça ne sert à rien de travailler avec un tel bureau.

Et puis, il n’y a pas que le bureau ! Il y a la conférence des présidents. C’est un autre organe. Mais pour prendre part à cette conférence des présidents, il faut être au moins vice-président. Donc donner un poste de secrétaire au groupe Rassemblement, oui, on pourra dire que ‘’Rassemblement’’ est dans le bureau de l’Assemblée mais il ne sera pas dans la Conférence des présidents. C’est donc fermer la porte à une possibilité de discussion, à l’émission d’un avis contraire. Donc on n’est pas en train de s’arc-bouter (sur des postes) (…)

Faisons appel à notre mémoire et à nos souvenirs. De 2017 à 2019, le groupe parlementaire Udpci (allié au pouvoir, ndlr) avait 9 députés dont 6 issus de l’Udpci et 3 de l’Upci. Donc groupe Udpci de 2017 à 2019, neuf députés. Ce groupe parlementaire a eu droit à un poste de vice-président. Il a eu droit à un poste de président de commission. Parce que ce groupe est issu d’un parti politique. Le groupe parlementaire ‘’Rassemblement’’ est issu d’un parti politique, le Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci). Il a 15 députés, quasiment le double du nombre de députés du groupe Udpci. Et on commence à leur dire qu’il n’aura qu’un seul poste, celui de secrétaire. Et on leur dit que s’ils ne sont pas contents, on ne les met sur aucune liste en plénière et ils n’auront aucun poste. Mais pourquoi ce deux poids deux mesures ? Comment on se l’explique alors que c’est le même mandat qui court ?

Ici l’administration n’est pas une continuité, l’Etat n’est pas une continuité, les institutions ne sont pas une continuité, la démocratie n’est pas une continuité, il n’y a rien qui continue dans ce pays. Prenons le cas du groupe parlementaire Vox populi qui existait depuis 2016, un groupe de neuf députés. Mais de 2017 à 2019, il y avait trois groupes indépendants qui existaient : Vox Populi, Agir pour le Peuple et Nouvelle Vision. Ces trois groupes indépendants avaient exactement le même effectif de neuf députés chacun. Or, les usages, les pratiques démocratiques de l’Assemblée nationale, prévoient un poste de vice-président pour les indépendants. Le président Soro était face à un dilemme. Comment choisir le groupe indépendant qui allait avoir le poste de vice-président. Le critère d’effectif ne pouvait pas être retenu puisque les trois groupes avaient le même nombre de députés. Alors, il y a d’autres critères objectifs qui se sont mis en place. Pour respecter le règlement de l’Assemblée nationale, le président Soro Guillaume a convoqué les trois groupes parlementaires pour consultation et propositions. Le président d’Agir pour le peuple Méambly a proposé un nouveau député, le président de Vox populi Martin M’Bolo a proposé Yasmina Ouégnin pour ce poste de vice-présidente puisque j’ai été élue depuis 2011. Et le président de Nouvelle Vision Guy Sérodé a proposé Oulla Privat, un ancien député. L’Assemblée a automatiquement statué sur le fait que l’ancienneté dans la fonction prévalait. Ainsi, Agir pour le peuple n’avait pas d’argument suffisant pour obtenir ce poste. Il restait donc deux groupes indépendants d’égal effectif. Pour l’ancienneté c’était la même chose même si on aurait pu mettre en avant le critère du genre ou de la montée de la jeune génération. Mais il y avait un critère imbattable. Oulla était ancien député mais aussi ancien vice-président. Moi à mon premier mandat, j’étais simple députée. Avec ce critère objectif supplémentaire, on avait expliqué à Vox Populi qu’il n’avait pas droit au poste mais seulement à un poste de secrétaire. Il n’y a pas eu blocage. Il n’y a pas eu multitude de déclarations. Donc qu’on ne raconte pas aux populations que c’est parce que Vox populi veut un poste de vice-président qu’il y a blocage ! Non ! Aujourd’hui, il n’y a plus d’autre groupe indépendant que Vox Populi. Donc le groupe parlementaire indépendant qui a droit à l’unique poste de vice-président, réservé aux indépendants, c’est Vox Populi. C’est aussi simple que ça ! On ne va pas réinventer l’eau chaude ! On ne va pas dire que comme Vox Populi avait un poste de secrétaire sous Soro Guillaume, alors c’est le même mandat qui continue. Ah bon ! C’est le même mandat qui continue !? Le même mandat continue quand ça vous arrange et quand ça ne vous arrange pas, ce n’est pas le même mandat qui continue. Ne prenons pas les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages messieurs !

Oui nous avions un poste de secrétaire mais un groupe parlementaire de neuf députés avait un poste de vice-président. Aujourd’hui Vox Populi a dix députés et des députés non alignés veulent signer à Vox Populi. (…) Le vrai problème, c’est que le groupe parlementaire de la majorité a décidé de ne respecter aucun texte. Point ! Qu’on se le tienne pour dit !’’

Mediapart

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